Le stress au travail tue-t-il vraiment ? Ce que la science révèle sur le lien avec l'arrêt cardiaque.

« C'est juste une période stressante », « On est sous pression, c'est normal ». Combien de fois avons-nous minimisé l'impact du stress professionnel ? Pourtant, l'adage « le stress tue » est plus qu'une figure de style : c'est une réalité physiologique documentée. Mais comment agit-il concrètement sur votre cœur ? Et quelle est la responsabilité de l'entreprise ?

Le lien entre horaires de travail excessifs et maladies cardiovasculaires a été quantifié à l'échelle mondiale par l'Organisation mondiale de la santé et l'Organisation internationale du travail. Leurs estimations conjointes, publiées en 2021, sont sans ambiguïté : en 2016, 745 000 personnes sont mortes soit à cause d'un AVC (398 000) ou d'une cardiopathie ischémique (347 000) attribuables à des semaines de 55 heures ou plus, comparées à des semaines de 35 à 40 heures. Un chiffre en hausse de 29 % depuis 2000 [1].

Ce seuil de 55 heures est ce qui rend la donnée utilisable : il permet à une direction de savoir si son organisation du travail se situe dans la zone concernée.

1. La mécanique biologique : quand le corps s'emballe

Le stress n'est pas seulement dans la tête. C'est une réaction chimique violente, conçue pour la survie immédiate : fuir ou combattre.

  • L'orage hormonal : en situation de stress, votre corps inonde votre système de cortisol et d'adrénaline.
  • Les conséquences immédiates : votre cœur s'accélère, vos vaisseaux sanguins se contractent — ce qui augmente la tension — et votre sang devient plus coagulant pour prévenir les hémorragies.
  • L'usure chronique : si ce stress devient permanent (délais, conflits, charge mentale), ce mécanisme de survie se transforme en poison lent. Inflammation des artères, hypertension, risque accru de thrombose… Le cœur s'épuise à tourner dans le rouge.

2. Le syndrome de Takotsubo : quand l'émotion brise le cœur

Il existe une manifestation extrême de ce lien : le syndrome de Takotsubo, ou « syndrome du cœur brisé ». Il survient le plus souvent sous l'effet d'un stress émotionnel ou psychique intense : une mauvaise nouvelle, une pression insoutenable au travail. Le cœur se dilate brusquement et perd sa capacité à pomper, imitant un infarctus massif.

Selon la Fondation Suisse de Cardiologie, 80 % des personnes touchées sont des femmes ménopausées [2] — une donnée à rapprocher de ce que nous écrivions sur la reconnaissance tardive des symptômes cardiaques chez la femme.

Une nuance qui compte pour un·e secouriste : le syndrome de Takotsubo est le plus souvent réversible, et la majorité des personnes touchées s'en remettent. Mais en phase aiguë, sa mortalité équivaut à celle d'un infarctus du myocarde [2]. Réversible ne veut pas dire bénin : l'appel au 144 reste impératif.

3. L'entreprise : lieu de risques et lieu de solutions

Combien d'arrêts cardiaques surviennent au travail ? Les registres suisses n'isolent pas systématiquement cette catégorie. Ce que l'on sait avec certitude, c'est que 7 567 arrêts cardiaques extrahospitaliers ont été recensés en Suisse sur une année, soit environ un toutes les 70 minutes, et que la grande majorité survient dans la vie ordinaire — au domicile, dans la rue, sur le lieu de travail [3]. Autrement dit : là où se trouvent vos équipes.

  • Le double rôle de l'employeur : au-delà de la prévention du stress (ergonomie, management bienveillant), l'entreprise doit être prête à l'urgence. C'est d'ailleurs ce que la loi suisse impose réellement à un employeur.
  • La formation comme filet de sécurité : avoir des équipes formées au BLS-AED, c'est répondre aux effets potentiellement mortels du stress par une réactivité maximale. Les recommandations européennes 2025 le formulent ainsi : la probabilité de survie après un arrêt cardiaque extrahospitalier augmente nettement lorsque la victime reçoit une réanimation immédiate et qu'un défibrillateur est utilisé [4]. Encore faut-il que la peur ne prenne pas le dessus le jour J.
  • Un message fort : proposer des formations aux premiers secours, c'est dire à ses collaborateur·rice·s « votre vie compte plus que vos dossiers ».

4. Témoignage et réalité du terrain

Lors de nos formations chez Pulse, nous voyons souvent des équipes prendre conscience de cette vulnérabilité.

« On pense que le stress fait juste partie du job. Mais voir à quel point il nous rend vulnérables, ça donne envie de se former pour protéger ses collègues. »

— Un·e participant·e lors d'un recyclage

Conclusion

Le stress est un tueur silencieux, et il reste sur ce point une marge d'action considérable. Elle passe par une prévention structurelle — réduire la pression à la source — et par la préparation : savoir réagir si l'accident survient. Former vos équipes, c'est transformer un environnement à risque en un lieu de solidarité et de sécurité.

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Sources

[1] Pega F. et al., Global, regional, and national burdens of ischemic heart disease and stroke attributable to exposure to long working hours for 194 countries, 2000-2016: A systematic analysis from the WHO/ILO Joint Estimates of the Work-related Burden of Disease and Injury, Environment International, 2021;154:106595 : sciencedirect.comcommuniqué OMS/OIT du 17 mai 2021. Réserve : il s'agit d'estimations de charge de morbidité par modélisation, portant sur les données 2016.
[2] Fondation Suisse de Cardiologie — Le cœur tout à coup épuisé et Cardiomyopathies (syndrome de Takotsubo) : swissheart.ch
[3] SWISSRECA — Rapport annuel 2024, registre suisse des arrêts cardio-respiratoires (Fondation suisse des urgences cardiaques / 144.ch) : 144.ch
[4] Smyth M.A. et al., European Resuscitation Council Guidelines 2025 — Adult Basic Life Support, Resuscitation 215 (2025) 110771 : « The probability of survival after OHCA can be markedly increased if patients receive immediate CPR and an AED is used » : erc.edu. Note : la formule « double, voire triple les chances de survie » figurait dans les recommandations ERC 2021 ; l'édition 2025 ne la reprend plus.

Cet article présente une information générale et ne se substitue pas à un avis médical individualisé. Pour la conduite à tenir en cas d'arrêt cardiaque, seules font foi les recommandations de l'European Resuscitation Council relayées en Suisse par le Swiss Resuscitation Council (SRC).

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