Premiers secours en entreprise : ce que la loi suisse vous impose vraiment

  Un·e collaborateur·rice s'effondre en pleine réunion. Le cœur s'arrête. À partir de cette seconde, chaque minute compte double : en Suisse, à peine 12 % des personnes victimes d'un arrêt cardiaque hors hôpital y survivent [1]. L'ambulance, elle, met en moyenne 10 à 15 minutes pour arriver [2]. Ces minutes-là, ce sont vos équipes qui les tiennent — ou personne. La bonne nouvelle : la loi suisse a déjà anticipé ce moment. Encore faut-il savoir ce qu'elle attend de vous.

Beaucoup de dirigeant·e·s de PME romandes le découvrent tardivement : organiser les premiers secours dans son entreprise n'est pas une bonne pratique facultative, c'est une obligation légale. Elle concerne aussi bien l'atelier de Nyon que le bureau d'avocat·e·s à Genève ou l'agence de com' à Lausanne. Voici, clairement, ce que dit le droit suisse — et ce que cela implique concrètement pour vous.

1. Ce que dit la loi : une obligation, pas une option

Le texte de référence est l'article 36 de l'Ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3). Il pose une règle simple : l'employeur doit veiller à ce que les moyens nécessaires aux premiers secours soient disponibles en permanence, en tenant compte des dangers, de la taille et de l'emplacement de l'entreprise [3].

Concrètement, la loi attend de vous trois choses : du matériel de premiers secours facilement accessible (pharmacie d'urgence, et si utile local de soins), une organisation qui permette de donner l'alerte et de porter secours sans délai, et des personnes formées pour le faire. Cette couverture doit tenir à tout moment où quelqu'un travaille — y compris le travail de nuit, le dimanche, sur un chantier ou pour un·e collaborateur·rice isolé·e [3].

Point important, et souvent mal compris : la formation des secouristes doit être rafraîchie régulièrement. Un cours suivi il y a huit ans ne remplit plus l'obligation. Nous y reviendrons.

2. Combien de secouristes faut-il former ?

Voici où la transparence s'impose : l'OLT 3 fixe l'obligation d'organiser les premiers secours, mais elle ne grave aucun chiffre précis dans le marbre. Ce sont les recommandations du SECO qui donnent des repères concrets. Pour une entreprise sans dangers particuliers, le SECO propose l'échelle suivante [4] :

     
  • Jusqu'à 10 collaborateur·rice·s : 1 à 2 secouristes
  •  
  • Jusqu'à 50 : environ 6 secouristes
  •  
  • Jusqu'à 100 : environ 8 secouristes
  •  
  • Jusqu'à 250 : environ 10 secouristes

Le vrai critère n'est toutefois pas le nombre, mais le délai. L'objectif fixé par le SECO : qu'aux heures de travail, au moins deux personnes formées puissent être sur les lieux d'un incident en moins de trois minutes [4]. C'est cette exigence qui doit guider votre calcul : horaires étendus, équipes réparties sur plusieurs étages ou plusieurs sites, forte affluence de public… autant de situations où le minimum recommandé mérite d'être revu à la hausse.

 

« La question à se poser n'est pas “combien de secouristes j'ai sur le papier”, mais “si quelqu'un s'effondre à 16 h dans l'open space, qui arrive en trois minutes et sait exactement quoi faire ?”. Quand la réponse devient évidente, l'entreprise est prête. »

  — Sébastien Martin-Achard, fondateur de Pulse Formations

3. Dangers particuliers et mise à jour des compétences

Certaines entreprises vont plus loin que le régime général. La directive CFST 6508 (appel à des médecins du travail et autres spécialistes de la sécurité, dite « directive MSST ») impose des exigences renforcées aux entreprises présentant des dangers particuliers — construction, agriculture, métiers de l'électricité, gros chantiers, notamment. Dans ces cas, le plan de premiers secours découle d'une véritable analyse de risques [5].

Pour toutes les autres, l'esprit reste le même : adapter le nombre et la formation des secouristes aux risques réels du métier, et surtout entretenir ces compétences. La SUVA le rappelle : une organisation d'urgence n'est pas figée, elle se répète et s'entraîne [2]. Un geste de réanimation qu'on n'a pas révisé depuis des années s'exécute avec hésitation — et l'hésitation, en réanimation, se paie en secondes précieuses. C'est pourquoi un recyclage tous les deux ans constitue le standard de référence pour rester à la fois conforme et efficace.

4. Au-delà de l'obligation : ce qui se joue vraiment

Réduire les premiers secours à une case à cocher serait passer à côté de l'essentiel. Les chiffres suisses parlent d'eux-mêmes : selon le registre national SWISSRECA, seules 12 % des personnes victimes d'un arrêt cardiaque hors hôpital survivent, loin des 30 % atteints par les meilleurs systèmes internationaux. La différence se joue en amont des secours professionnels : une réanimation démarrée dans les cinq minutes n'a lieu que dans 29 % des cas, et un défibrillateur n'est utilisé par un témoin que dans 11 % des situations [1].

Autrement dit : la marge de progression la plus forte se trouve entre les mains des premiers témoins — vos équipes. Une entreprise dont le personnel sait alerter, masser et défibriller offre à un·e collègue en détresse des chances de survie sans commune mesure. À cela s'ajoute un bénéfice plus discret : des collaborateur·rice·s formé·e·s se sentent plus en confiance, plus considéré·e·s, et l'entreprise renforce sa culture de la sécurité comme sa marque employeur.

5. Par où commencer, dès aujourd'hui

Se mettre en conformité tient en quelques étapes simples : identifier les risques propres à votre activité, déterminer le nombre de secouristes nécessaire pour tenir le délai de trois minutes, former ces personnes, équiper les lieux (pharmacie d'urgence, et idéalement un défibrillateur), puis planifier les recyclages. Chez Pulse Formations, nous accompagnons les entreprises de l'arc lémanique — Vaud, Genève, Nyon — sur chacune de ces étapes, avec des formations BLS-AED certifiées SRC et des cours de premiers secours sur site, adaptés à votre métier et à vos horaires.

La conformité n'est que le point de départ. Ce que vous mettez réellement en place, c'est la capacité de vos équipes à sauver l'un·e des leurs.

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Sources

  [1] SWISSRECA — Rapport annuel 2024 (registre suisse des arrêts cardio-respiratoires, 144.ch) : 144.ch (PDF)
  [2] SUVA — Directive MSST : organisation en cas d'urgence dans l'entreprise (délai d'arrivée des secours, défibrillateurs, entraînement) : suva.ch
  [3] SECO — Commentaire de l'ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3), art. 36 « Premiers secours » : seco.admin.ch (PDF)
  [4] SECO — Recommandations sur le nombre de secouristes et le délai d'intervention de 3 minutes (commentaire OLT 3, art. 36) : seco.admin.ch (PDF)
  [5] CFST — Directive 6508 relative à l'appel à des médecins du travail et autres spécialistes de la sécurité au travail (directive MSST), entreprises à dangers particuliers : ekas.admin.ch / cfst.ch

  Cet article présente une information générale et ne se substitue pas à un conseil juridique individualisé. Pour l'application précise à votre entreprise, référez-vous aux textes officiels (OLT 3, directive CFST 6508) ou sollicitez un accompagnement spécialisé.

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